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Conviction politique et enseignement des situations controversées en histoire et éducation à la citoyenneté

11 Juil

Cet article fait suite à une réflexion proposée en date du 21 avril 2011 par Catherine Duquette. Celle-ci nous rappelait l’importance des discussions autour des sujets controversés dans l’enseignement de l’histoire et éducation à la citoyenneté. Il est vrai que l’éducation à la citoyenneté ne puisse pas être séparée de l’étude des débats retrouvés dans la société et que ceux-ci offrent davantage une opportunité de construire et d’exercer la pensée critique des élèves. C’est également une belle occasion de travailler certains aspects de la citoyenneté tels que la démocratie délibérative, le respect mutuel et l’ouverture à la diversité des idées. Mais alors, il est également vrai que de telles discussions menées souvent sur des situations très sensibles pour certains sont généralement dominées par des émotions, ce qui constitue une barrière à l’exercice de la pensée critique (voir l’article de Duquette).

La peur de la perte de contrôle de la classe et la gestion des réactions émotives amènent souvent les enseignants à transposer ces objets d’enseignement en activités simplifiées en «pour ou contre» sans une véritable confrontation des idées. À part cette réalité situationnelle qui intervient dans la transposition didactique des sujets controversés, les travaux de Diana Hess (2005) l’amènent à une conclusion comme quoi les convictions politiques ne sont pas sans influence dans les décisions didactiques entourant l’enseignement des sujets controversés. En fonction de la vision personnelle de chaque enseignant, quatre approches sont souvent identifiées.

Le déni est une des approches employées et qui consiste à nier l’aspect controversé d’un sujet abordé. L’enseignant estime que le sujet traité n’est pas controversé et que ceux qui le pensent autrement se trompent fort. Il croit qu’il existe une seule façon de répondre à la question posée et dans son enseignement il s’assure que les élèves comprennent et interprètent la situation ainsi.

Le privilège est une autre approche où l’enseignant, cette fois, est  conscient que le sujet est controversé et qu’il existe plusieurs points de vue. Cependant, il se laisse emporter par une seule version en laquelle il croit la sincérité et l’évidence. D’après Hess (2005), c’est souvent le cas des enseignants, très activistes, œuvrant pour la justice sociale, l’égalité et l’anti-oppression. Bien que le sujet soit controversé, ces enseignants pensent qu’il existe une et une seule réponse objective à la question et nient les autres considérations. Dans leur enseignement, ils cherchent à ce que les élèves adoptent la même interprétation. La différence avec le déni est qu’au moins ils acceptent la nature controversée de l’enjeu.

L’évitement : cette approche utilisée pour aborder un enjeu social ou politique controversé consiste à éviter, à tout prix, le sujet. L’enseignant est conscient de la controverse, mais en même temps, ils pensent qu’aborder un tel sujet dans leur classe pourrait occasionner des confrontations avec les élèves, les parents, la direction de l’école ou les autres intervenants. Souvent, ils ont une conviction personnelle face à cet enjeu et ont peur qu’ils ne puissent pas l’enseigner de façon équitable. Ils préfèrent alors éviter le sujet ou l’aborder de manière très neutre!

La quatrième et dernière approche est la balance. Celle-ci consiste à reconnaître fermement la nature controversée d’un sujet et l’aborder sans favoriser telle ou telle perspective. Dans son enseignement, même si l’enseignant exprime lui-même sa position, celle-ci est prise dans un ensemble d’autres points de vue de ses élèves. Il cherche à faciliter l’expression des différents points de vue et à les balancer pour se positionner finalement après une audition équitable.

Ces différentes approches ont des forces et des faiblesses. Bien sûr que, pour que les élèves puissent arrimer les objets historiques à l’éducation à la citoyenneté, l’enseignant soit invité de procéder par un enseignement explicite afin d’aider ses élèves à établir des liens ou à corroborer certains faits. Ainsi, les trois premières approches peuvent aider dans la modélisation mais leur dominance ou leur usage abusif peut conduire à l’endoctrinement ou canoniser certaines perspectives. Comme le suggère le programme de formation de l’école québécoise, au lieu de nier l’existence de plusieurs points de vue (le déni) ou de privilégier un seul point de vue, celui de l’enseignant notamment (le privilège), il est en effet suggéré de présenter les multiples positions et laisser les élèves décider de ce qui leur convient (la balance). Les enseignants qui choisissent de survoler certains thèmes et de laisser de côté certains aspects plus sensibles devraient faire un effort de plus afin de permettre aux élèves d’exercer et de construire leur pensée critique.

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