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Matérialisation balisée de la pensée abstraite

25 Avr

Titre intéressant n’est-ce pas? Non? Pas de souci ! Il s’agit du discours d’un technocrate, mais croyez moi, je n’en suis pas un. Toutefois, c’est par cette phrase, qui veut tout et rien dire, que l’empathie historique prend forme. En décortiquant le titre, je répondrai conjointement à ceux deux questions : qu’est-ce que l’empathie historique et s’agit-il d’un jeu de rôle?

Les balises

Dans le jeu de rôle, les balises sont les règles du système utilisé et les caractéristiques de l’univers créées par le maître de jeu. Noter que « Donjons et Dragons », « Warhammer », « Rift » et « Shadowrun » sont des systèmes de règles.

Pour l’empathie historique, les balises sont les consignes de l’activité et les caractéristiques de la perspective historique qui, contrairement à l’univers du jeu de rôle, ne dépendent pas de l’imagination du maître de jeu, mais plutôt de la méthode historique qui permet de saisir le contexte historique propre à un moment de l’histoire.

La matérialisation

Dans le jeu de rôle, la matérialisation se fait lors de l’élaboration de la feuille de personnage et de la verbalisation/description des actions, alors qu’en empathie historique, c’est la production attendue de l’élève qui tient ce rôle. Toutefois, il n’y a pas de différences entre les deux, car il s’agit de réagir a une situation problème/mise en situation conformément à un contexte particulier, et ce, qu’elle soit fantastique, comme un dragon qui terrorise un village, ou en histoire, comme Louis XIV qui envoie l’Intendant Jean Talon administrer la Nouvelle-France.

La pensée abstraite

Par la suite, c’est avec sa pensée abstraite que le joueur ou l’élève peut mettre en relation les caractéristiques qui animent la situation problème et ultimement, les complexifier en les faisant évoluer.

L’empathie historique et la perspective historique

Il ne faut pas s’en cacher, l’empathie historique est un jeu de rôle pédagogique et historique. Toutefois, au lieu de combattre des dragons, résoudre des conspirations ou même chercher la couronne cosmique en jouant un personnage fantastique possédant des pouvoirs extraordinaires, l’élève joue le rôle d’un personnage bien ordinaire qui a probablement déjà existé dans une période historique bien précise.

La seule différence entre un «guerrier nain » et « l’Intendant Jean Talon » c’est la perspective historique. En comparaison, dans le jeu de rôle, l’équivalent de la perspective historique c’est le contexte dans lequel la partie se déroule. Plus précisément, les caractéristiques politiques, économiques, culturelles, sociales, géographiques, intellectuels, etc. sont les composantes de la perspective historique. Si vous préférez, l’univers de « Starwars », du « Seigneur des anneaux » et de la Nouvelle-France ont leurs propres caractéristiques.

Conséquemment, l’empathie historique, c’est l’émulation d’une perspective historique à travers les yeux d’un personnage historique, c’est-à-dire l’imitation des éléments qui caractérisent le contexte culturel d’une époque particulière.

L’objectif et l’intérêt de l’empathie

L’objectif premier de l’empathie historique est de développer la pensée historique de l’élève en plaçant sa culture première et la culture historique (seconde), en relation. Or, la culture première de l’apprenant est un obstacle à cette émulation, car pour adopter entièrement un point de vue historique, l’apprenant doit faire abstraction de sa culture. En d’autres termes, il ne doit pas seulement chercher à traverser le fossé qui sépare le présent du passé, mais il doit faire comme s’il n’avait jamais existé.

Une fois l’émulation empathique terminée, et ce, si nous voulons que le travail soit significatif, l’élève doit verbaliser comment il a ressenti et il a expérimenté les différences entre sa perspective culturelle et celle historique. Il s’agit d’une tâche difficile, mais elle permet à l’apprenant de caractériser le fossé qui existe entre le présent et le passé, et ainsi développer sa pensée historique.

La première compétence : pas toujours une question… de questions

Dans le programme de formation de l’école québécoise, l’empathie historique s’enchâsse très facilement dans la première compétence et peut servir d’alternative à la formulation des constats et de questions.

« Les élèves […] empruntent le regard d’acteurs et de témoins pour chercher à comprendre le point de vue. Cela implique qu’ils considèrent la réalité sociale de l’intérieur et se demandent comment on pensait alors. Ils s’interrogent sur les motifs, les intentions, les espoirs, les craintes et les intérêts d’acteurs et de témoins de l’époque en cause. »

Sinon, en voici une définition plus explicite qui définit très bien l’empathie historique.

« Par adopter un point de vue historique, on entend comprendre le contexte social, culturel, intellectuel et émotionnel qui a façonné la vie et les actions des gens du passé. […] Par conséquent, comprendre les perspectives diverses est également essentiel à l’adoption d’un point de vue historique.

L’empathie historique, c’est aussi une construction

Pour que l’apprenant puisse émuler correctement les émotions d’un acteur ou d’un témoin, il lui sera nécessaire de cueillir, de traiter et d’interpréter les caractéristiques qui constituent cette perspective historique. Plus important encore, l’élève construit sa propre vision de l’histoire et ne répète pas uniquement ce que les autres ont dit avant lui.

Ici, il est question du travail de recherche à l’aide de la méthode historique. En travaillant les informations, et ce, dans le contexte significatif de l’empathie, l’élève s’approprie davantage les connaissances déclaratives historiques qui caractérisent la perspective historique. C’est donc un substitut aux fiches d’exercices et à la mémorisation si présente dans les cours d’histoire. Ainsi, étant en résolution de problème, celui d’émuler une perspective à l’aide de caractéristiques historiques, l’apprenant est susceptible de réaliser des apprentissages permanents qu’il pourra réinvestir et transférer dans différentes situations.

Conséquemment, l’empathie historique s’enchâsse aussi dans la deuxième compétence disciplinaire

C’est bien beau l’empathie, mais il ne faut jamais oublier…

Il existe dans les manuels et dans les cahiers d’exercices d’histoire ce genre d’activités depuis très longtemps. Toutefois, je n’ai jamais vu aucune activité qui demandait à l’élève de verbaliser son voyage dans le passé. Tout comme le retour métacognitif, cette verbalisation est une composante essentielle d’un apprentissage significatif. Je vous dirais qu’en verbalisant les différences qui caractérisent sa perspective et la perspective historique, l’élève est davantage capable de comprendre la distance qui existe entre le présent et le passé. Ainsi, en explicitant cette distance, le fossé n’est plus un obstacle, car il est intégré aux schémas cognitifs de l’élève

Finalement, j’aimerais terminer en disant que je ne vous ai pas dit toute la vérité. Bien que mon premier objectif soit le développement de la pensée historique, j’ai un objectif secret. Un peu comme la « loi zéro de la robotique» d’Asimov, j’ai un projet qui dépasse les limites de mon cours d’histoire et c’est le développement de la pensée abstraite. Je vous dirais que l’effort intellectuel nécessaire à l’émulation empathique est très important, voire même angoissant, parce que l’élève part de presque rien et élabore sa propre construction historique. Toutefois, pour que cette construction prenne forme, il est nécessaire de la visualiser à l’aide de la pensée abstraite. Conséquemment, les premières représentations seront probablement très simples, mais plus l’élève développera ses connaissances et sa pensée abstraite, plus les constructions seront complexes. D’ailleurs, vous pouvez observer la même progression chez ceux qui grandissent en jouant à des jeux de rôle : au début les scénarios sont simples et en vieillissant, les intrigues se complexifient.

Lors de la prochaine contribution, il sera question de l’évaluation de l’empathie. De plus, vous aurez une activité d’empathie historique.

1 Gouvernement du Québec, Programme de formation de l’école québécoise : enseignement secondaire, deuxième cycle. P.11 chapitre 7

2 http://www.historybenchmarks.ca/fr/concept/points-de-vue-historiques

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Publié par le 25 avril 2011 dans Non classé

 

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